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jeudi 10 août 2017

Erik Orsenna revisite Jean de La Fontaine : "Ces fables sont un kit à comprendre l'espèce humaine"



Pour l'académicien, qui vient de lui consacrer une biographie, le fabuliste du XVIIe siècle aurait sans doute pris un malin plaisir à brocarder l'entourage du nouveau président de la République.

Dans un récent essai, l'académicien Erik Orsenna revisite l'œuvre de Jean de La Fontaine. Ses fables se révèlent d'une étonnante actualité. Le pouvoir est immuable et par bien des aspects, la cour du Roi-Soleil, telle qu'elle est croquée par le moraliste, s'apparente à nos mœurs politiques. Entretien.



"Nous avons tous, en France, été baptisés en Jean de La Fontaine et fait notre première communion intellectuelle dans ses 'Fables'", écrivez-vous. Jean de La Fontaine nous parle de l'homme, mais parle-t-il aussi de politique ?
Dans ses fables, La Fontaine dit ce qu'il pense de la vie et, en effet, il parle de politique. Les animaux sont ses couvertures, ses alliés, ses miroirs. Tout comme Stendhal disait du roman que c'est "un miroir qu'on promène le long d'un chemin", lui promène ses animaux. J'en ai compté une soixantaine dans ses fables, qu'il utilise comme autant de miroirs et qui parlent à sa place. Les fables lui permettent d'échapper à la censure dans un monde tellement tenu. Pour Louis XIV, les artistes sont des ouvriers à son service. Il fait de la propagande. Alors que pour Nicolas Fouquet, le surintendant des finances, auprès de qui La Fontaine a passé plusieurs années, les artistes sont des amis, comme pour les Médicis.

vendredi 28 juillet 2017

L'expression " Il n'y a pas le feu au lac"



Il n'y a pas le feu au lac !

On n'est pas pressés.
Il n'y a aucune urgence.
Ça peut attendre.

Origine
L'expression d'origine, qui date du XXe siècle, est tout simplement "il n'y a pas le feu" ou, en raccourci, "y'a pas l'feu".
Son message est très clair : s'il n'y a pas le feu, il n'y a aucune raison de se presser (sous-entendu : pour aller l'éteindre).

Si quelques facétieux ont jugé utile de rajouter "au lac", c'est par moquerie de la proverbiale lenteur de nos amis Suisses qui sont supposés avoir du mal à se dépêcher[1] : "y'a l'feu ou bien ? Bon alors si y'a pas l'feu, on n'a vraiment pas besoin de s'presser" (à prononcer avec l'accent traînant et chantant suisse, bien sûr).

Pourquoi "au lac" ? Eh bien simplement parce que le Léman (Lien externe) est un des symboles de la Suisse et que l'ajout de l'absurdité d'un lac qui prendrait feu ne fait que rajouter un cran dans la moquerie.
Mais on trouve aussi "dans les montres" ou même "au robinet".
[1] On peut toutefois se demander ce qu'il en est réellement, car je constate fréquemment que, lorsqu'une voiture étrangère me double à allure rapide sur autoroute (alors que je suis déjà à la limite de la prune bien méritée), il s'agit souvent d'un Suisse.
Pour continuer dans le dénigrement de nos neutres voisins (autant grouper et ne plus y revenir), le Suisse a aussi la réputation d'être étroit d'esprit. Je ne sais pas si c'est confirmé dans la réalité, mais il est vrai qu'on en trouve assez facilement tout un catalogue, d'étroits Suisses (Lien externe). Redoutable, non ?
Exemple

« En tout bon vaudois, y' a pas le feu au lac, ce site sera construit à la rapidité inversément proportionnelle aux activités débordantes du ouaibe-mestre, de la météo et s'il n'a rien d'autre à foutimasser. Pour l'instant c'est un peu miquelet mais qui ne peut ne peut. »


vendredi 21 juillet 2017

L'expression "Avoir du pain sur la planche"

--------> Avoir beaucoup de travail, de tâches à accomplir.

Origine
Avant le début du XXe siècle, cette expression voulait dire tout autre chose, puisqu'elle signifiait "avoir des ressources pour l'avenir, être assuré de ne manquer de rien".
L'image s'explique à l'époque où le pain pouvait être conservé longtemps avant d'être mangé et où avoir de nombreuses miches posées sur leurs planches de stockage, c'était avoir de quoi tenir un moment.

Le fait que l'expression a changé de sens peut s'expliquer de deux manières.

La fin de ce pain 'de longue durée' remplacé progressivement par le pain que nous achetons chaque jour à la boulangerie y a probablement aidé.
On a pu alors imaginer les pains crus que le boulanger pose d'abord sur une planche après les avoir façonnés, avant de les mettre au four.
S'il est au début de son travail de cuisson, cet homme a 'des pains ou du pain sur la planche' avant de l'avoir entièrement terminé.

L'autre explication vient de Claude Duneton.
Elle remonterait d'abord à une expression argotique utilisée par les voyous, "la planche au pain", qui désignait le tribunal (par allusion à sa position élevée comme les planches où le pain était conservé).
En plus, à cette époque de royauté, "manger le pain du roi" cela voulait dire être en prison ou aux galères (ou à l'armée), le pain étant fourni gratuitement par l'État, donc le roi.

La combinaison de ces deux expressions a fait que les voyous ont assimilé les années de galère ou de bagne gentiment distribuées par le tribunal (des sortes de rations) à autant de "pains sur la planche", ces derniers prenant alors le sens de 'corvées', là où auparavant ils avaient le sens de 'ressources'.

vendredi 7 juillet 2017

Simone Veil : un documentaire

Un jour une histoire Simone Veil l'instinct de vie


https://www.youtube.com/watch?v=J5SlYT4Jx68





jeudi 6 juillet 2017

Mépriser la grammaire est dangereux pour le français

Mépriser la grammaire est dangereux pour le français

Le bourgeois gentilhomme de Roger Coggio avec Michel Galabru (monsieur Jourdain), 1982.


Le mépris des acquis et des automatismes fondamentaux a entraîné une lecture au pifomètre dévastatrice. Claude Duneton (1935-2012) explique pourquoi il est nécessaire voire vital pour l'avenir du français de rendre sa rigueur à notre grammaire dévoyée au profit d'une vision fantaisiste de penseurs autoproclamés pédagogues.

D'où vient que des gens diplômés, exerçant une fonction officielle au sein de l'appareil administratif français, parsèment leurs moindres communications de grosses fautes d'orthographe? Ces erreurs grossières étaient jadis le lot des semi-illettrés, telles qu'on les trouve dans la correspondance des poilus de 14-18 écrivant à leur famille. Je crains qu'aujourd'hui ces graphies vacillantes ne soient le symptôme d'une carence plus grave.
Le français, de part sa nature vocalique, fourmille d'homophones. Le son la n'est rien en soi, car ce peut être aussi bien l'article féminin, la truite, que le pronom, il la voit, la note la (si do), également la composition élidée avec le verbe avoir, il l'a vue, et bien sûr l'adverbe là avec sa casquette. Oh là là!... Toute l'astuce est de savoir les distinguer. Que faut-il pour cela? C'est simple: il faut une formation grammaticale de base à la fois rudimentaire et solide, sinon il est impossible de faire le tri entre on l'a vu et on la voit .
À titre de comparaison, les équivalents en anglais de ces cinq la seraient respectivement the, it, A, her, there : cinq mots différents qu'on ne saurait confondre. En français, c'est une autre chanson: pour déchiffrer les mots qui se prononcent «boneté», et qui pourraient être, par une approximation courante, bon étai ou bon n'était, ou encore bonne et taie (oreiller), («Bonne et taie sautèrent par la fenêtre»), pour en extraire, donc, bon été, il est nécessaire de savoir que bon est un adjectif qui s'accorde en genre avec le nom qu'il qualifie: l'été est masculin, bonaussi.

On a appris à lire «au pifomètre»

Attention! Il faut le savoir intimement, sans réflexion, le porter en soi, comme le solfège. S'il fallait réfléchir pour discerner sur la portée musicale quelle est la note la, on ne serait pas près de chanter la romance! C'est pareil avec bon été, et la même chose dans le cas d'enveloppe sans l'accord au pluriel: le scripteur a confondu une enveloppe avec le verbe envelopper.
Étourderie? Non, non... Cette anomalie, tout de même époustouflante, vient d'ailleurs. Il y a fort à parier que les auteurs de ces errements, par ailleurs d'excellentes personnes, sont nés au cours des années 1960, ou peu après. Ils sont entrés à la «grande école», disons entre 1968 et 1975. C'est la première génération d'élèves que l'on n'a plus fait réfléchir à temps sur la langue française. En clair, ce sont des gens qui ont appris à lire plus ou moins globalement, comme qui dirait «au pifomètre» (bonne été), et n'ont jamais «fait de grammaire», du moins pas de cette grammaire au ras des pâquerettes, répétitive, lassante - passionnante aussi! - constituée par l'analyse des mots et l'analyse logique des phrases. Or cet entraînement est indispensable à l'acquisition complète de la langue française.

Le grand chic: paraître «intelligent»

Certes, ces enfants ont appris, sous couleur de grammaire, quelques mots à coucher dehors qui leur ont fait croire qu'ils étaient savants, mais ils n'ont pas peiné sur les exercices de base terriblement recommencés, comme l'est la lecture des notes de musique. Ils sont semblables à des gens à qui on aurait, pour tout solfège, enseigné la liste des dièses et des bémols, en l'agrémentant de considérations théoriques sur les tierces et les quintes, mais à qui l'on n'aurait jamais fait chanter obstinément les notes sur la portée. Ma comparaison n'est pas fantaisiste, elle est bien plus fondée qu'elle ne paraît, et bizarrement rigoureuse.
Cela parce qu'à l'époque dont je parle, le grand chic était de paraître «intelligent», au mépris des acquis et des automatismes fondamentaux. On a changé les méthodes des instituteurs, gens de métier, pour en confier l'initiative à des «penseurs» autoproclamés «pédagogues», surtout occupés à se faire un nom en brandissant des paradoxes. Les commis de l'État paient aujourd'hui la note d'une formation saccagée.
La langue française réclame une gymnastique grammaticale besogneuse - qu'on se le dise! -, régulière et tenace, sinon on confond enveloppe et enveloppe(r), la et là, ici et Issy, et son cul avec ses chausses! C.Q.F.D.
http://www.lefigaro.fr/langue-francaise/expressions-francaises/2017/04/07/37003-20170407ARTFIG00004-mepriser-la-grammaire-est-dangereux-pour-le-francais.php